Écrits autour de l’art contemporain

Des images, de la lumière

À l'occasion de l'exposition en ligne Rappel, Aurélie Petrel invite Baron Osuna à écrire sur sa proposition.

Publié le 01 octobre 2009
par Baron Osuna
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Del rigor en la ciencia (2)


En aquel Imperio, el Arte de la Cartografía logró tal Perfección que el Mapa de una sola Provincia ocupaba toda una Ciudad, y el Mapa del Imperio, toda una Provincia. Con el tiempo, estos Mapas Desmesurados no satisficieron y los Colegios de Cartógrafos levantaron un Mapa del Imperio, que tenía el Tamaño del Imperio y coincidía puntualmente con él. Menos Adictas al Estudio de la Cartografía, las Generaciones Siguientes entendieron que ese dilatado Mapa era Inútil y no sin Impiedad lo entregaron a las Inclemencias del Sol y los Inviernos. En los Desiertos del Oeste perduran despedazadas Ruinas del Mapa, habitadas por Animales y por Mendigos; en todo el País no hay otra reliquia de las Disciplinas Geográficas.


Suárez Miranda, Viajes de Varones Prudentes

Lib. IV, Cap. XLV, Lérida, 1658.


De la rigueur de la science (2)


En cet empire, l'Art de la Cartographie fut poussé à une telle Perfection que la Carte d'une seule Province occupait toute une Ville et la Carte de l'Empire toute une Province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées cessèrent de donner satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l'Empire, qui avait le Format de l'Empire et qui coïncidait avec lui, point par point. Moins passionnées pour l'Étude de la Cartographie, les Générations Suivantes décidèrent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans impiété, elles l'abandonnèrent à l'Inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l'Ouest, subsistent des Ruines très abîmées de la Carte. Des Animaux et des Mendiants les habitent. Dans tout le Pays, il n'y a plus d'autre trace des Disciplines Géographiques.

Suárez Miranda, Viajes de Varones Prudentes

Lib. IV, Cap. XLV, Lérida, 1658.



Rappel (3) est une œuvre d'Aurélie Pétrel réalisée dans le cadre des installations photographiques que l'artiste a conçues pour la double exposition Répétition, simultanée et complétive chez Super Window Project™ & Gallery et chez Muzz Program Space à Kyoto (20/06/2009 - 16/08/2009). Aurélie Pétrel y poursuivait son travail de mise en vitesse des principes phénoménologiques liés à l'expérience du regard, à la manifestation tangible du réel et à l'apparition de son double photographique jusqu'à les fondre et les confondre. La photographie Rappel, en étant présentée ici, poursuit ce travail conceptuel. En acceptant que la photographie devienne image et ainsi figure, Aurélie Pétrel s'engage à en déconstruire les données spatio-temporelles établies. Mais il s'agit ici bien moins de donner à voir et à penser, en interrogeant les processus de perception et de représentation du réel, que de (dé)montrer le processus d'abstraction lui-même. Ainsi les œuvres d'Aurélie Pétrel s'apparentent à des théorèmes visuels et poétiques qui tentent de circonscrire l'évidente trahison des images. Ceci n'est pas - ou plus - une photographie. Ceci est une image. Une image où il est intrinsèquement question de matérialité, d'espace, de temps, données essentielles d'appréhension de l'image devenue photographie, puis partie d'une installation photographique, puis image à nouveau par le truchement du vecteur numérique, de la post-production, à l'apparition, à la diffusion.


Pour Aurélie Pétrel, le processus technique et conceptuel de production d'images, également au sens de métaphores, par la photographie, fournit la structure et les outils mêmes d'une possible interprétation du réel. Ce que permet le dispositif de navigation ici, en livrant sur un écran d'ordinateur une image reproduite à sa taille réelle d'œuvre, c'est la mise en évidence du principe selon lequel la carte n'est pas le territoire. Le travail de lecture, d'appropriation, de compréhension, d'appréhension, d'interprétation de l'image et des images reste à faire et à refaire. Aurélie Pétrel propose ainsi une autre expérience photographique : une expérience topographique, sémantique, cognitive et infinie d'une image objectivée dans l'espace des machines, où support et surface multiplient les limites et les possibilités de sa matérialité nouvelle. Ainsi, Rappel, une fois attentivement parcourue, apparaîtra comme une projection mentale, numérique, et virtuelle. Une image et une expérience métonymco-synecdochique du regard ou pars pro toto photographique. Tout au long de ce voyage du regard dans l'image, il faudra se rappeler de ce que l'on croit avoir déjà vu sans jamais le (pou)voir réellement. 


Telle est la mécanique de la révélation puisque nous ne connaissons le "réel" que par son action sur notre système nerveux. Nous ne pouvons le comprendre qu’en inventant des ensembles de symboles et de relations dont nous essayons de faire coïncider la structure avec celle des "objets" que nous étudions. Tel est le but mathématique de la photographie puisqu'elle est la technique qui permet de créer des images par l'action de la lumière.



Baron Osuna, Super Window Project™& Gallery, Kyoto, octobre 2009.


(1) Copyright © 2008 — IVOOX GRUPO INTERCOM — Todos los derechos.

(2) Jorge Luis Borges, Del rigor en la ciencia, histoire courte extraite de Historia universal de la infamia, Editorial Tor (1935), Emecé (1954).

(3) 2009, C-print and diasec, 140 x 97 cm, 5ex + 2AP. Courtesy Super Window Project™ & Gallery, Kyoto

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