Écrits autour de l’art contemporain

Réponse à celui qui est parti trop vite

Publié le 04 novembre 2004
par Nathalie Prangères
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Il me plaît, depuis quelques semaines, de découvrir au fur et à mesure des mises en ligne, les éditos que je considère comme... des rendez-vous.

Il y a quelques jours, l’invitation - intervenir, par là même, sur ce site - m’a été faite, à moi !
Ma première réaction, ravie tout d’abord de cette confiance donnée, fut la suivante : pourquoi moi ? Question légitime me semble-t’il. Peut-être pour ma timide production artistique... ou peut-être pour mon implication dans la médiation culturelle... voire pour les deux. Suite à cette première interrogation, le plaisir revint, intact... et me voici au rendez vous, avec vous, que je ne connais pas... Parler exclusivement de mon histoire via mes activités? Pourquoi pas, mais seulement s’il m’est donné de vous rencontrer pour que vous me contiez la vôtre, et que l'échange soit alors entier. Parler d’un artiste que j’affectionne avec des mots posés, je ne voudrais m’y soumettre aujourd’hui. Alors, qu’en sera-t’il de mon édito? Je crains... que l’on en revienne à l’idée première de rencontre.

Il en est des innombrables, des racontables, des tues, des volées, des manquées...
Chaque œuvre découverte est telle une rencontre. Sans user aucunement de métaphore, mais en toute simplicité. Par là même, elles peuvent me ravir, me questionner, m’interpeller, me déstabiliser, me confondre, m’agresser... Alors, juste quelques mots pour répondre à cet homme, croisé, un jour, au cours d'une exposition temporaire dans une salle où seule je me trouvais...

Des dalles au sol, des “murs” recouverts de cartons, une structure en bois, telle un cube géant... deux ou trois ordinateurs quasi flottant ; nulle image, si ce n’est cet espace construit, pas de toile mais un volume dans lequel nous étions impliqués, rien de bien défini, pourrions nous croire... et pourtant... Cet homme s’est arrêté quelques secondes, au pas “de la porte”, si je puis dire, et telle une réflexion ouverte qu'il désirait soumettre à mon écoute, il dît plus ou moins en ces termes : "C’est n’importe quoi, y’a rien à voir, une sorte de boîte dégueulasse, je pourrais en faire autant...” En quelques mots, les plus grands clichés, ceux-là même qui éloignent l’artiste de son public, et inversement.
Il est parti trop vite, n’est pas rentré, n’a pas osé poser ses pieds sur l’une des dalles posées au sol. Il n’a accordé que quelques secondes qui réunies, auraient pu donner une minute peut être... une minute aurait suffit pour en désirer d’autres. Il ne s’est donné aucune chance de se rapprocher... non pas de moi, mais de ce voyage que proposait Jan Kopp, de ces sons qui s’offraient à nous pour composer une histoire et voyager dans le temps et l’espace... musicien ou danseur, simple lecteur, juste aller un peu plus loin, aller vers, tout simplement... Repartir, ne pas saisir le tout, mais accorder quelques minutes... seulement.
Je ne parlerai pas de cette pièce plus longuement... Je vous l’ai dit, ce rendez-vous qui m’a été donné, je ne me le réapproprierai pas comme un prétexte à défendre ardemment un artiste. Jan Kopp comme autant d’autres. Si j’avais juste un sentiment à partager... ce serait le suivant... Que je sois artiste ou guide, que je sois dans le désir du faire, de révéler, de réaliser une oeuvre quelle qu’elle soit pour transmettre une histoire, une émotion, une interrogation, une esthétique pure ou contrariée, une image dure et contestée, fixe ou en mouvement... Que je me dise passeur à tenter de partager et de comprendre cette même histoire qu'un tiers voudrait approcher... : osons cette rencontre et accordons quelques minutes à ce qui nous est donné à voir... Qui prétends-je donc être pour soumettre ces derniers mots? Une lectrice, juste quelqu’un(e) qui se promène dans des salles d’expositions, des galeries, et par dessus tout, dans les rues, comme vous. Rien de plus, surtout pas, rien de moins non plus. L’envie de dire simplement, que même si à l’image de toute réalité, il y a des imposteurs, partout - et dans la création contemporaine il en est sans aucun doute - prendre en considération, simplement, qu'un artiste donne, donne pour celui qui veut voir. Que l’artiste travaille, puisque ce mot est souvent incompris, évité, voire banni lorsqu’il s’agit d’artiste plasticien..., celui-là même qui reste invisible souvent et qui se donne pourtant au travers de son œuvre. Permettre la rencontre, oser ne pas comprendre, oser se questionner.

Car l’élitisme accusé n’est donné, souvent, que par les frontières que l’on s’impose, et que certes, s’il est des œuvres complexes, ou d’autres qui semblent ne l’être pas assez, il en est au rendez-vous, qui vous parleront peut-être. Nullement le désir de convaincre, ni de défendre abusivement... juste l’envie... de ne pas passer à côté d’une rencontre... de ne pas partir trop vite...

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