Réponse à celui qui est parti trop vite
par Nathalie Prangères
Il me plaît, depuis quelques
semaines, de découvrir au fur et à mesure des mises en ligne, les
éditos que je considère comme... des rendez-vous.
Il y a quelques jours, l’invitation - intervenir, par là même, sur ce site - m’a été faite, à moi !
Ma première réaction, ravie tout d’abord de cette confiance donnée, fut
la suivante : pourquoi moi ? Question légitime me semble-t’il. Peut-être
pour ma timide production artistique... ou peut-être pour mon
implication dans la médiation culturelle... voire pour les deux. Suite
à cette première interrogation, le plaisir revint, intact... et me
voici au rendez vous, avec vous, que je ne connais pas... Parler
exclusivement de mon histoire via mes activités? Pourquoi pas, mais
seulement s’il m’est donné de vous rencontrer pour que vous me contiez
la vôtre, et que l'échange soit alors entier. Parler d’un artiste que
j’affectionne avec des mots posés, je ne voudrais m’y soumettre
aujourd’hui. Alors, qu’en sera-t’il de mon édito? Je crains... que l’on
en revienne à l’idée première de rencontre.
Il en est des innombrables, des racontables, des tues, des volées, des manquées...
Chaque œuvre découverte est telle une rencontre. Sans user aucunement
de métaphore, mais en toute simplicité. Par là même, elles peuvent me
ravir, me questionner, m’interpeller, me déstabiliser, me confondre,
m’agresser... Alors, juste quelques mots pour répondre à cet homme,
croisé, un jour, au cours d'une exposition temporaire dans une salle où
seule je me trouvais...
Des dalles au sol, des “murs” recouverts de cartons, une structure en
bois, telle un cube géant... deux ou trois ordinateurs quasi flottant ;
nulle image, si ce n’est cet espace construit, pas de toile mais un
volume dans lequel nous étions impliqués, rien de bien défini,
pourrions nous croire... et pourtant... Cet homme s’est arrêté quelques
secondes, au pas “de la porte”, si je puis dire, et telle une réflexion
ouverte qu'il désirait soumettre à mon écoute, il dît plus ou moins en
ces termes : "C’est n’importe quoi, y’a rien à voir, une sorte de
boîte dégueulasse, je pourrais en faire autant...” En quelques mots,
les plus grands clichés, ceux-là même qui éloignent l’artiste de son
public, et inversement.
Il est parti trop vite, n’est pas rentré, n’a
pas osé poser ses pieds sur l’une des dalles posées au sol. Il n’a
accordé que quelques secondes qui réunies, auraient pu donner une
minute peut être... une minute aurait suffit pour en désirer d’autres.
Il ne s’est donné aucune chance de se rapprocher... non pas de moi,
mais de ce voyage que proposait Jan Kopp, de ces sons qui s’offraient à
nous pour composer une histoire et voyager dans le temps et l’espace...
musicien ou danseur, simple lecteur, juste aller un peu plus loin,
aller vers, tout simplement... Repartir, ne pas saisir le tout, mais
accorder quelques minutes... seulement.
Je ne parlerai pas de cette
pièce plus longuement... Je vous l’ai dit, ce rendez-vous qui m’a été
donné, je ne me le réapproprierai pas comme un prétexte à défendre
ardemment un artiste. Jan Kopp comme autant d’autres. Si j’avais juste
un sentiment à partager... ce serait le suivant... Que je sois artiste
ou guide, que je sois dans le désir du faire, de révéler, de réaliser
une oeuvre quelle qu’elle soit pour transmettre une histoire, une
émotion, une interrogation, une esthétique pure ou contrariée, une
image dure et contestée, fixe ou en mouvement... Que je me dise passeur
à tenter de partager et de comprendre cette même histoire qu'un tiers
voudrait approcher... : osons cette rencontre et accordons quelques
minutes à ce qui nous est donné à voir... Qui prétends-je donc être
pour soumettre ces derniers mots? Une lectrice, juste quelqu’un(e) qui
se promène dans des salles d’expositions, des galeries, et par dessus
tout, dans les rues, comme vous. Rien de plus, surtout pas, rien de
moins non plus. L’envie de dire simplement, que même si à l’image de
toute réalité, il y a des imposteurs, partout - et dans la création
contemporaine il en est sans aucun doute - prendre en considération,
simplement, qu'un artiste donne, donne pour celui qui veut voir. Que
l’artiste travaille, puisque ce mot est souvent incompris, évité, voire
banni lorsqu’il s’agit d’artiste plasticien..., celui-là même qui reste
invisible souvent et qui se donne pourtant au travers de son œuvre.
Permettre la rencontre, oser ne pas comprendre, oser se questionner.
Car l’élitisme accusé n’est donné, souvent, que par les frontières que
l’on s’impose, et que certes, s’il est des œuvres complexes, ou
d’autres qui semblent ne l’être pas assez, il en est au rendez-vous,
qui vous parleront peut-être. Nullement le désir de convaincre, ni de
défendre abusivement... juste l’envie... de ne pas passer à côté d’une
rencontre... de ne pas partir trop vite...