Écrits autour de l’art contemporain

Chronique mélancolique

Publié le 21 octobre 2004
par Florentine Lamarche
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Je me suis dit que l’errance d’un mardi après-midi n’appartenait qu’à moi. Que c’était du romantisme poussiéreux que d’aller admirer les arabesques d’une tunique peinte par Véronèse dans le silence mortifère d’un musée.
Ma royauté du matin était révolue. Ce matin dans mon lit j’attendais le moment idéal de frustration pour me lever. J’avais l’impression dans mon lit de me répandre en mollesse luxueuse aristocratique RMIstique. Je fermais les yeux et apparaissaient les petits squelettes d’oiseaux du musée d’anatomies comparées.
Bailler aux corneilles comme un artiste, situation aristocratique.
Ce statut est révolu le troisième âge aussi profite de ce privilège.
Petits ongles vernis et crochus pointant sur les merveilles véronèsques. Manteaux de fourrure et mises en pli devant le numéro 8 de l'audio-guide.
"-Ah oui ça me plaît - oh c’est un peu rigide, remarquez le travail de la fourrure - il m’a dit que c’était d’accord pour la prochaine rencontre (...) exceptionnelle - ah oui, oui...”
le 12 octobre 2004.

“Etrange sensation que d’être enfermée.
En fait c’est ce que j’aurai voulu au plus profond de moi. Ce matin il m’a demandé lorsque j’étais au salon "tu vas lire toute la journée ?", j’ai dit non, j’ai posé Henry Miller. Je me suis levée avec une mélancolie harassante. J’ai pris ma douche et je n’ai pas arrêté de pleurer. Je dois aller au musée, finir. J’ai ouvert la porte de notre chambre avec la poignée cassée. Un pressentiment s’est glissé en moi, l’image de la porte fermée, puis il y a eu un bruit, le bruit du vent, le bruit de la porte qui claque. Je me suis approchée, j’ai essayé d’ouvrir, impossible. Alors je me suis lovée dans le lit avec Miller. Je savoure les dernières pages avec bonne conscience, je suis enfermée.”
le 2 septembre 2004.

“Puis nous avons regardé mon parcours, mon dossier. Je me sentais très gênée par son débardeur, son regard frontal, vide, poli, qui ne te lâche pas, où rien n’est perceptible alors je m’embrouillais dans mon rire gêné et mes sortes de phrases qui tombent à plat.
Son regard me donnait un regard sur moi-même c’était atroce je sentais que je me vidais.
En sortant j'ai regardé Alex sous son parapluie et je me suis dit que j’étais contente qu’il soit là.”
le 19 août 2004.

Florentine Lamarche

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