[e-feuilleton 4] 18 février / anonymous palmée blog / La FAGM
par Véronique Hubert
18 février/aujourd’hui, pas de blog/ elle a décidé de réduire un peu la frappe. Elle sort un paquet de post it classiques de la poche avant de son sac à dos. Le premier carré jaune est souillé et corné. Il finit en boule dans le cendrier. Sur d’autres elle griffonne au feutre bleu marine. ça dure un peu. Elle étale sur la banquette une ligne de carrés jaunasses. ça donne (mais dans la longueur) :
FORCEMENT
LOURD
LE CHAUFFEUR,
ET PUIS:
CONTEMPLER
VRAIMENT LA POESIE,
UN BRAS EN L’AIR
JE NE TOUCHE PLUS PERSONNE,
LA FEMME
CONTEMPLER
Les choses sont plus subtiles qu’elles paraissent
LES CARTONS
LE MONSIEUR
SILENCE,
SOUDAIN,
UNE BOULE DE POUSSIÈRES
LES ESCARGOTS SONT HOMOSEXUELS
SUIVEZ VOTRE OMBRE
ELLE VOUS GUIDERA
UN PESSIMISTE ISOLÉ
NE PEUT RIEN FAIRE
MAINTENANT
POURQUOI
NOUS SOMMES PROGRAMMÉS ET
çA PEUT-ÊTRE BIEN
Voilà, au moins ça c’est fait.
En sortant du café ça pue la chien mouillé. Paris sous la pluie. Elle va prendre le métro, cette fois elle va vraiment rencontrer une autre comme elle… Le rendez-vous est dans un magasin Picard. Des surgelés et 2 femmes qui font leurs courses, penchées au-dessus des congèles. Innoffencives.
L’ENFONçADE
apparaît soudain dans les escaliers du métro. Elle voit des figures, des blousons qui vont et qui vont, et ça fait du bien de se rappeler comment ça s’enfonce, ses fesses claquées par le ventre qui la cogne.
INDISPENSABLE,
pour motiver les derniers mètres vers le Picard. Un peu comme BB garde son chagrin comme un ami, c’est son amie, l’enfonçade d’avant-hier. En croisant les autres gens, les mains agrippées à la peau des bras ou des hanches, elle ne sait plus dans quel sens, il lui enfonce, elle se colle décolle colle décolle colle décolle, c’est indisible cette façon qui fait du bien qui fait du mal, qu’à ce moment elle ne sait plus si elle est encore civile, elle sait juste qu’il l’enfonce bien là. Plus de temps, c’est quoi le temps. Parterre, c’est quoi parterre. Là où elle a envie d’être pour qu’il continue à lui enfoncer, dans le corps glissant. Si elle a le temps de penser, en croisant les autres gens, c’est terrible, elle a une vision de film porno. La bonne enfonçade. Mais l’enfoncade elle est plus forte et elle a pas de sens. C’est même pas porno, cette enfonçade qui claque les fesses au fond.
Les bruits de la vie qui reviennent après. Et l’heure sur le réveil, qui s’est transformée. Morte et le ventre bien.
OK. Mais là c’est le Picard, et c’est dans l’estomac que ça résonne son inquiétude. Elle ne cherche pas à imaginer l’autre comme elle. De plus grosses mains ? ou c’est les pieds peut-être… une pose, elle fait une pose et regarde juste un peu l’affiche des promotions sur la vitre, et dans le magasin. Peu de monde, et surtout la ville qui se reflète.
Ça vibre dans la poche.
Le portable.
Elle enfonce le gant et attrape le machin plat qu’elle ouvre en deux, vite : « oui ? »
