Écrits autour de l’art contemporain

Vous écoutez vraiment ça?!

Publié le 06 mars 2006
par Max Bruckert
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Les arts contemporains trimballent une image qui, globalement, parait effrayer. Après quelque temps de pratique dans ces secteurs dit «culturels», il me semble qu’en la matière il n’y a pas de différence fondamentale entre les champs artistiques. L’art contemporain, la musique contemporaine, la danse contemporaine, etc. Ces idées sont déjà assez difficiles à saisir en soi, mais plus encore si elles sont accoutrées d’un mot étrange comme «contemporain»!

C’est compliqué le «contemporain», d’abord parce qu'on désigne vaguement une période dans l’histoire de l’art. Mais aussi parce qu’on fait implicitement référence à une esthétique: une sorte de critère transversal à toutes les pratiques artistiques, à la fois avant-gardistes, personnelles, hermétiques et hors normes, … «C’est contemporain quoi !». On pourrait alors s’insurger contre la pauvreté de notre langage. Tenter de redéfinir les critères communs des arts pour dégager un (des ?) sens qui relieraient des artistes entre eux parce qu’ils vivent à la même époque. Dit de cette manière la tâche semble à la fois titanesque et (donc ?) absurde. Alors, on a coutume de dire qu’il faut «accompagner» le public, faire de la «médiation», etc. Toute institution culturelle qui se respecte commence de cette manière son activité de médiation. Et c’est là que je suis resté coincé… Argh!

Si les formes d’art sont multiples, il doit donc y avoir plusieurs manières d’en parler. Il n'y a donc ni méthodes, ni recettes (en voilà un lieu commun!). Or s'il faut relativiser les manières de «transmettre» on pourrait se demander dans quelle mesure la volonté de médiation n’est pas purement contextuelle. Parce qu’enfin, on peut transmettre beaucoup de choses, même des choses douteuses sur le fond, ou du moins qui tiennent plus à de la communication orientée qu'à une véritable volonté d'échange (remplissage de salle, taux de fréquentation bas…).

Les institutions culturelles prennent soin d'organiser leurs propres actions de médiation qui accompagnent leurs propres évènements. On peut s'interroger sur cette forme de regard auto-centré dans la mesure où seules ces mêmes institutions peuvent éprouver le contenu de leurs activités médiatrices. Et puis toutes ces activités manquent globalement de visibilité et semblent se dérouler dans l'anonymat d'une salle de classe, de spectacle, d'une exposition, etc. Drôle de situation où l'organisateur est à la fois acteur et metteur en scène. On sait que par nature un festival un théâtre ou un musée est incapable, faute de temps mais aussi simplement de compétence, d'avoir le recul nécessaire pour prendre la mesure des conséquences de leur activité en matière pédagogique (voir : compétence, éducation nationale).

Avec le temps, je crois que nous gagnerions beaucoup à avoir un organe autonome, détaché des logiques de financement publiques ou des stratégies éducatives. Un organe qui serait constitué d'experts, d'anthropologues, de chercheurs avec une mission d’observation des actions pédagogiques. Il ne serait ni censeur, ni juge, simplement un témoin et analyste du contenu et de l’évolution des pratiques artistiques. On pourrait alors peut-être mesurer l'incidence des projets pédagogiques à l'école (les grands comme les petits), voir le sens qu'il y a à emmener un public en réinsertion dans une exposition (l'occasion ne fait le larron que s’il y a une suite, un avenir), etc. Pour avoir une véritable réflexion il faudrait considérer les choses sur la durée et non plus dans l'urgence des demandes de financements auxquelles les partenaires culturels sont tenus pour exister (peut-être faudrait-il aussi rapprocher ça des problèmes de la recherche fondamentale en France?).

Je suis convaincu que les actions de médiation, de transmission, de pédagogie relèvent d’un engagement politique et d’une volonté de faire partager son propre goût. Elles nécessitent de s’impliquer dans la vie sociale et de se coltiner certains enjeux politiques et certaines réalités toujours différentes, variables, transitoires, et surtout, complexes. Avant d'être au service d'une structure les «médiateurs» cherchent à «donner envie de», par goût!

C'est toujours fatigant de faire face à l'arrogance d'un inconnu qui vous assène un « c'est pas beau, c'est pas de l'art ». Ces regards qui semblent dire « vous écoutez vraiment ça?! ». N'empêche qu'on y revient et qu'on se dope à grands coups d'idéaux égalitaires histoire de savoir pourquoi on retourne dans ces concerts de musique, ces expositions, ces spectacles contemporains... et que le quotidien ne manque pas d'épuiser. Et au bout, que reste t-il de la foi? Comment construit-on une réflexion sur la base unique du vécu personnel des artistes, des animateurs, des médiateurs?

Maintenant quand on me dit « tu sais, transmettre c’est important » mes poils se hérissent.


nb/// La Biennale Musiques en Scène associe le Grame (concerts et spectacles) et le Musée d'Art Contemporain de Lyon (expositions). Fichtre! Ça en fait des écoutilles à ouvrir!

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