Écrits autour de l’art contemporain

Sur les pistes du neuf

Publié le 03 novembre 2005
par Caroline Coulomb
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Voici déjà quelques mois que j’explore le travail de collaboration de deux jeunes artistes, ce texte présente un regard sur leurs actions.

«Le neuf est un objet artistique apparaissant tous les 3 mois à date fixe et dont la forme et le mode de diffusion varient en fonction du contexte et du public concerné.»
Le neuf avril dernier, Claire-Lise Panchaud et Aude Descombes créent une collaboration artistique, à 2 + 1 (leur duo + un invité à chaque apparition). Et c’est tous les 3 mois qu’un OVNI né de cette fusion débarque dans nos boîtes.
Pour raconter l’histoire, il faudrait reprendre les associations d’idées depuis le début :
Un œuf, des pneus neufs, des cloches refondues, la fonte des glaciers, le déplacement des rochers, le Gros caillou… Non, je ne sais pas raconter cette histoire. Déjà 3 éditions qui s’enchaînent, ballottées entre adages et théories scientifiques, au fil des rencontres des deux protagonistes qui naviguent à vue. La narration se construit pas à pas, semblant rappeler les aventures de Sophie Calle, ou du « livre dont vous êtes le héros ».
Leur action artistique s’étire dans le temps, dans la longueur, comme on attend les épisodes d’une série. Importance d’être là, de suivre.

À Lyon, Le neuf octobre, une trentaine d’individus étaient réunis autour du Gros Caillou de la Croix Rousse, La plupart avaient reçu un carton d’invitation : « portes ouvertes du neuf Venez fêter la tombée de la nuit à 19h04 au Gros caillou ».
Des papiers sont collés sur le bloc erratique, narrant -si mes souvenirs sont bons- l’histoire du chien volant qui aurait atterri sur une grosse pierre, la nuit, et dont les yeux brillaient sur les quelques photos «preuves» de la fiction (proposée par leur invitée : Rada Boukova). Les spectateurs regardent vers l’horizon en fronçant les sourcils, ne sachant pas s’ils doivent attendre quelque chose, si c’est fini, s’ils peuvent manger les ferreros qui entourent la pierre en collier… Comme autant de petites ampoules ou de crottes de chien. Nous sommes sur les lieux d’une enquête, une fiction qui remet en jeu l’objet et son histoire incroyable. Ce caillou devient météorite, puis zone d’atterrissage pour quelques idées étranges.

Ne pas tout comprendre, tout saisir, mais suivre. Suivre les mots, les formes que leurs évènements charrient depuis quelques mois.
« Le rapprochement avec nos intérêts artistiques : la science et la fiction, les processus naturels, les réactions en chaîne, la transformation d’éléments, leur décontextualisation, leurs changements de valeurs, d’échelles, les glissements de sens, physiques, mentaux et formels; la confusion entre réalité et supercherie, le secret. »
Leurs apparitions sont nimbées de mystère : je ne peux pas d’avantage éclaircir la situation.
Immergée dans le neuf, je regarde de nouveau le numéro d’avril, le pilote, le numéro 0 qui ressemble à un œuf.

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