Écrits autour de l’art contemporain

Les murs verts de l’expo Warhol

Publié le 10 février 2005
par Caroline Coulomb
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À Lyon, tout le monde en parle : l’exposition «Andy Warhol, l’œuvre ultime» au Musée d’Art Contemporain est un événement. De nombreux titres dans les journaux : «Andy Warhol, résurrection et disparition» (le monde), «Andy Media» (les inrockuptibles), «Warhol, l’exposition événement» (Lyon capitale) ou «Warhol est vivant!» (le petit bulletin), pour ne citer qu’eux.
Si les articles ne manquent pas, il serait dommage de tourner le dos à un tel phénomène. Ayant d’ores et déjà eu le bonheur (le public est souvent conquis d’avance) d’accompagner des groupes de visiteurs dans les salles, je tenterai d’en écrire quelques mots.

Il est question ici de présenter l’œuvre des 15 dernières années de Warhol (1972 - 1987), et le terme de réactivation me semble approprié. Nous sommes face au travail d’un «artiste contemporain mort» depuis presque 20 ans. Le réactiver, c’est déjà montrer son œuvre dans un musée d’art contemporain. Nous observons ici que, sans l’évacuer, la période du pop art est déjà dépassée. Les surprenantes recherches picturales de Warhol justifieraient à elles seules sa présence au musée, mais je développerai ici une œuvre moins visible : la mise en scène de l’exposition.

Première impression visuelle déconcertante : les papiers peints sur lesquels certaines œuvres sont directement accrochées. Le visage de Mao, rempli d’un aplat violet, habille le mur où figurent les mêmes portraits en sérigraphie et peinture. Le visage devient ici motif, d’autant plus que les portraits colorés font face à la série des «sunset», couchers de soleil multicolores qui frôlent l’abstraction. L’image est mise en abîme. L’artiste avait déjà décidé de cette scénographie en 1974, lors d’une exposition à Paris. Pour en réactiver l’atmosphère, le MAC fait produire le papier peint dont le musée Andy Warhol à Pittsburgh conserve les droits.

Nous traversons ensuite une salle dont les murs sont jaunes et la moquette verte. On y trouve des photos de Warhol en séance de travestissement, quelques exemplaires de sa revue «interview», des chaises colorées sur lesquelles le visiteur peut s’asseoir et en lire des extraits photocopiés… L’ambiance rejoue ici le contexte de l’époque.
Deux téléphones tout droit sortis des seventies diffusent des conversations entre l’artiste et son amie Pat Hackett. Autant d’éléments qui nous permettent de nous plonger dans la biographie de l’artiste. Sachant que Warhol avait une réelle manie d’archivage, d’enregistrement et de collection des différents éléments de son environnement : 24h de bande son sur la factory, des notes de taxi, des conversations… Tout était gardé, comme pour rattraper le temps.
Au deuxième étage, une salle au carrefour de toutes les autres nous surprend encore par les couleurs de ses murs, soigneusement choisies par les commissaires associés. Cette fois ce sont des toiles qui vont réagir avec la couleur du mur. Ce qui peut sembler déconcertant quand on trouve le vert d’une des «diamant dust shoes» confronté à un autre vert peint sur la cimaise entière. Habitués aux conventionnels murs blancs dans nos institutions, nous nous demandons pourquoi un tel choix. Au-delà de l’idée de retrouver les couleurs de l’époque, il s’agit peut-être aussi d’habiter le lieu, remplir l’espace… Éviter le vide.
Produire du sens par la confrontation d’éléments est sans doute un parti pris approprié pour présenter le travail d’Andy Warhol. On trouve ensuite des photos retirées en grand par le musée d’après les planches contact originales (montrant Jean Michel Basquiat entrain de poser) en face des «collaboration works», intervention des deux artistes sur la même toile. Les photos nous proposent un Basquiat qui cherche la pose, et les peintures sont le résultat d’une improvisation, où chacun tour à tour appose ses signes dans le tableau. Encore une fois, une présentation qui peut mettre le spectateur sur la voie…
Je terminerai par la surprise devant la série des «toys», remise en scène pour l’occasion. De nombreux tableaux de petite taille représentant des chats, des robots, des hélicoptères… Accrochés à hauteur de regard d’enfant. Les toiles sont présentées sur fond de papier peint «fish» qui reflète par sa peinture brillante les spots de la salle. Le papier peint rejouerait plutôt ici l’atmosphère d’une chambre. L’ensemble des 30 éléments appartient au même collectionneur, comme un concept d’exposition, tel que l’avait présenté Warhol dans une galerie en 1983. Mettant en relation, en tension les différents paramètres de la scénographie, c’est ici la salle entière qui compose l’œuvre.

«Andy Warhol, l’œuvre ultime» jusqu’au 8 mai 2005

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