goodbye horses
Entretien entre Grégory Cardon et Caroline Coulomb autour de l'exposition goodbye horses et plus généralement sur sa pratique artistique.
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Tu as déjà présenté une exposition en ligne de tes photographies sur le site du FLAC en 2005. On y retrouve des images de graffitis, de sentiers, de fleurs… Qu’est-ce qui a changé dans ton travail depuis ?
A vrai dire ce sont toujours des sujets récurrents dans mon travail. Ce sont des séries qui se développent dans le temps. Mon procédé est le même… Aujourd’hui j’insiste peut-être encore d’avantage sur les rapports entre l’homme et la nature. C’est comme si j’avais commencé des collections (graffitis, traces de l’homme dans son environnement etc.) et ce travail est infini, je continuerais à enregistrer cela par le biais de la photo.
Il n’y aura donc pas de fin à ces séries ?
Récemment j’ai vu une exposition de Taryn Simon à Genève : elle a fait une série d’images de tous les objets confisqués aux douanes de l’aéroport de New York, un travail énorme. Sa précédente série n’avait rien à voir. Elle a donc un travail sériel, mais lorsqu’elle termine une série, elle en commence une autre, bien différente. Chez Robert Mapplethorpe, on retrouve depuis le début ses portraits, ses hommes Noirs, ses fleurs hyper sexuées… c’est aussi un travail de série mais étalé dans le temps. Pour ma part, j’ai plutôt l’impression de développer différents fils conducteurs.
L’exposition actuelle, Goodbye horses, compte seulement une quinzaine d’images parmi plusieurs centaines de tirages, comment les as-tu sélectionnées ?
Dans la façon dont elles dialoguent entre elles. Je veux qu’elles créent une sorte de narration. Dans mes dernières recherches je regroupe 3 ou 4 images, pas plus, qui sont différentes, prises à différents moments mais qui installent un story board. C’est plutôt comme le point de départ d’un sujet.
Par exemple dans « sans titre, La forêt », on a trois images : une perdrix renversée par une voiture, une forêt assez mystérieuse et un tas de fruits confits qui a été déversé dans la nature. Ces éléments deviennent alors comme des indices qui amènent à se projeter dans l’image.
On y retrouve des liens formels aussi…
Il y a l’image où l’on est à l’entrée d’une grotte, on regarde vers l’extérieur, et cela produit une forme par contrastes sur une mare verte couverte de lentilles d’eau (les contours d’un visage). L’image suivante est prise depuis un avion et on retrouve un profil qui se dessine dans la géographie du site que l’avion survole. Il y a aussi l’image de deux énormes sapins dans un parc qui sont plutôt anthropomorphes, qui renvoient à leur tour à deux stalactites, comme des figures de monstres dans une grotte etc.
Les photos sont toujours vidées de personnages et pourtant on ressent une forte présence humaine.
Si l’homme est « absent » il a tout de même façonné la plupart de ces paysages…
Et les photos dans les églises ?
Au départ je me suis concentré sur la lumière. C’est relié à la lumière sur la pellicule, elle vient se poser pour colorer l’espace.
Parlons un peu du procédé. Comment se déroulent tes prises de vues ?
Ce n’est jamais défini à l’avance. Quand je suis en déplacement à l’extérieur, à l’occasion d’un voyage, ou simplement d’une ballade. Comment expliquer... Je ne me lève pas le matin en me disant « tiens aujourd’hui je vais faire des photos ». C’est le hasard de mes déplacements qui m’amène à tomber sur des sujets. Il m’arrive aussi de m’apercevoir de choses intéressantes sans avoir d’appareil sur moi, donc d’y revenir par la suite, mais c’est rare.
J’envisage le procédé du snapshot un peu comme les photographes dans les années 50 qui regardaient leurs contemporains, le quotidien des gens… Par exemple Cartier Bresson pouvait être dans la rue, voyait un truc et hop, le prenait en photo. Je veux dire qu’il n’y avait pas de préméditation, l’image se fait au moment donné.
Est-ce qu’on peut parler alors de « choix des sujets » ?
Non, je ne recherche pas de sujets en particulier. C’est sûr qu’à partir du moment où je commence à prendre une ou deux photos de graffitis je vais sans doute y être plus attentif. J’entends « le sujet » comme quelque chose de précis, comme un artiste qui ne ferait que des natures mortes. Dans mon cas, j’ai plus l’impression d’avoir différents éléments en tête qui m’interpellent au moment de prendre une photo.
Qu’est-ce qui t’a mené à la photographie ?
Je suis très sensible à l’image et ce médium était déjà évident pour moi lorsque je faisais mes études aux Beaux-Arts… Je m’intéresse aussi beaucoup aux différentes techniques d’impression (offset, sérigraphie...) Peut-être que j’aime les procédés mécaniques !
Par ailleurs tu as une pratique de collectionneur… Quelles sont les pièces auxquelles tu es le plus attaché ?
J’ai des petits portraits réalisés par Nadar que j’aime beaucoup…
Si tu devais en citer quelques unes des pièces dont tu ne pourrais pas te séparer, ou revendre ?
Un vase japonais satsuma en porcelaine, il date du XIXe siècle et je trouve la facture très belle. Je l’ai trouvé dans une brocante, il manque le couvercle donc c’était une très bonne affaire ! Sinon… S’il y avait un incendie, je partirais avec les multiples auxquels je tiens le plus (Nan Goldin, Matthew Barney) ou le portrait d’Araki.
Difficile de choisir apparemment !
Il ne vaut mieux pas qu’il y ait d’incendie.
Depuis quand collectionnes-tu ?
La pratique de la collection a toujours existé pour moi, même quand j’étais enfant. J’ai commencé par des minéraux, puis sur les brocantes j’ai commencé à ramener des bibelots, des photos anciennes et petit à petit je me suis mis à rechercher des multiples d’artistes quand l’opportunité se présentait. Des livres aussi, je leur donne une place importante dans ma collection : livres d’artistes et livres d’art.
Y a-t-il des liens entre les images que tu collectionnes et celles que tu produis ?
Pas à proprement parler, non. Les artistes dont je collectionne les œuvres m’ont influencé, mais par exemple j’ai beaucoup de portraits dans ma collection alors que je n’en fais que très peu moi-même. C’est plus un panthéon des artistes que j’aime.
