Écrits autour de l’art contemporain

Ma réponse à: «Les jeunes gens des beaux-arts ne trouvent pas de métier.»

Publié le 09 septembre 2004
par Caroline Coulomb
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Sortir d’une école d’art, sanctionné par le DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique), c’est avoir passé cinq ans à se questionner sur l’art et sur son implication personnelle ; avoir choisi d’être artiste. Choisir d’être artiste à 18 ans et ne pas en démordre, puis sortir de l’école…
Les beaux-arts intriguent, tant les différences entre écoles sont grandes et tant l’enseignement dispensé semble abstrait. Comme tout système universitaire, ils donnent accès à un enseignement public et gratuit. Les beaux-arts dépendent du ministère de la culture et sont le plus souvent placés sous la tutelle d’une municipalité ou d’une région. L’élève est un chercheur dans un domaine précis : la connaissance du contexte de son évolution artistique.
Non seulement l’élève des beaux-arts dispose de moyens pour enrichir sa culture, mais il se doit de réaliser des projets, de leur conception à leur présentation. Il devient tour à tour concepteur, réalisateur, théoricien, vendeur de son travail. Le fait même d’être confronté au doute et à l’absence de repères constitue un apprentissage en soi, quant à la vie artistique.
Bien entendu, avoir fait des études aux beaux-arts ne transforme pas par magie l’élève en artiste accompli. Et à l’inverse, les artistes que nous pouvons voir – par exemple dans les biennales d’art contemporain - ne sont pas obligatoirement issus d’une école d’art.

Le métier d’artiste ?

Ces deux termes semblent créer un paradoxe. Comment peut-on définir que l’on est artiste ? Faut-il vivre de la vente de ses œuvres, s’agit-il de la fréquence des expositions ?
Y a t’il un « niveau » à atteindre ?
On entend parler d’ artistes à propos de personnes qui vendent des tableaux de natures mortes dans des galeries. Ils sont encore vivants (contemporains), vivent de la vente de leur production personnelle… Pourtant l’enjeu de leur travail n’a rien à voir avec celui des artistes contemporains. Je pense plus à une pertinence contemporaine de la recherche plastique qu’à la contemporanéité de la vie de l’artiste. C’est bien de cet art qu’il s’agit pour un étudiant aux beaux-arts.

Pour ce qui est de trouver un métier quand on sort d’une école d’art, je me contenterai d’évaluer ce que j’ai pu rencontrer pour l’instant : de très jeunes artistes, et ce à quoi ils peuvent être confrontés au sortir de l’école.

- Trouver un travail alimentaire, comme tout ancien étudiant ayant la volonté de s’assumer financièrement. Il s’agit ici d’un job qui n’aurait absolument rien à voir avec l’art. Souvent la panique s’installe en ce qui concerne la nécessité de continuer à produire un travail artistique personnel, le manque de temps… Mais je reste persuadée que de se confronter au réel d’une situation professionnelle peut enrichir le travail d’un artiste.
- Certains choisissent aussi des voies périphériques au métier d’artiste : enseignement en art, participation à des évènements culturels, médiation, technique de l’image… mettant en pratique les connaissances acquises en écoles d’art. Cela peut engendrer des réactions diverses allant pour certains jusqu’à l’abandon de leur « statut de jeune artiste », séduits par l’idée d’avoir un métier qui y ressemble un peu plus.
- Il existe enfin des systèmes propices aux jeunes artistes : les résidences, les post-diplômes, les prix (décernés par des écoles ou des fondations), les aides à la jeune création… Soumises à des concours, ces bourses sont temporaires, et ne procurent pas une sécurité d’emploi à long terme. Enchaîner les résidences me semble un moyen efficace de rester connecté au phénomène artistique, car il y est question de la commande, et la nécessité de produire est immédiate et naturelle.

Variées, sécurisantes ou périlleuses, ces différentes orientations existent et il appartient à chacun d’y trouver son compte. D’autant plus que nous évoluons dans un système professionnel où il n’est plus obligatoirement question de carrière unique comme pour les générations précédentes, mais de CV cassés, de stages, de multiplication des expériences.
« Trouver un métier », quelques aient été ses études, c’est aujourd’hui se préparer à en changer tous les 10 ans.

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