Ça fait deux mois qu'elle n'est pas entrée dans une bouche de métro. Ça pue toujours la même odeur. C'est presque rassurant de retrouver l'immuabilité de la crasse qu'on respire depuis toujours. Bon. Au bout de 5 minutes, en fait c'est comme si il n'y avait jamais eu de rupture, et elle se laisse culbuter l'épaule par le lecteur assis à côté d'elle. Normal. Les pneus qui couinent, les virages, les affichettes de pub avec la star déformée par le gonflement du papier plié en deux qui se balancent au dessus etc... Puis à «Couronnes», un type qui parlait fort depuis 2 stations, se met à hurler : Je suis pas un arabe, vous comprenez rien, je suis pas un arabe, je suis kabyyyyyyyyyyyyyyyyyyle... Il s'accroche au poteau métallique parce que son ami le tire par le manteau pour sortir. Mais il hurle encore. Une femme rentre son cou dans les épaules avec des yeux de peur d'une scène qu'elle ne veut pas voir. La Fagm se lève, comme ça sans réfléchir, comme la stupidité téméraire des héros, et décroche les doigts du kabyle au moment de la fermeture. Juste le temps de sortir. Le type qui pleure entre eux. De toute façon, il ne sait plus marcher, il pleure laidement, comme un veau fatigué. Son ami le soutient sous les bras jusqu'aux sièges orange. Ouf, assis. La Fagm pose sa main comme ça machinalement, sur l'épaule/fraternel, parce que le kabyle s'est recroquevillé en beuglant et que l'ami du kabyle a un visage terrassé de ne pas savoir consoler la crise de mal de son ami, et soudain le kabyle se frotte légèrement le visage avec les deux mains et se redresse sur le siège. Silence mais respirations secouées. Aussi, ça sent 10 secondes le mimosa : une vieille à côté et son bouquet sur les genoux. Après, en fonction du courant d'air ça sent le métro. Il est calmé d'un coup et ne dit rien, si, il tend la main, dit un truc en... kabyle ? L'autre lui tend un mouchoir. Ils parlent encore tout bas. Et puis l'ami dit merci à la Fagm. Le Kabyle s'essuie les joues et s'excuse. Dit des trucs sur les infos, les avions, l'Algérie... Et répète : « j'ai craqué, j'ai craqué... » et secoue sa tête de gauche à droite et vice et versa. Le type qui se rend compte du bruit qu'il a fait, devant tout le monde inconnu. Mais ça, c'est un détail extérieur, parce que dans la tête de la Fagm ça implose, c'est elle, elle en est sûre, c'est elle qui a calmé le type. Tout ce qu'elle sait c'est qu'il avait un niveau d'adrénaline trop élevé, un faible taux de magnésium et pas un gramme d'alcool dans le sang. 2 secondes. Elle a peut-être posé sa main 2 secondes sur l'épaule de ce type. Elle reste assise à côté des 2 amis, mais qu'ils ne croient pas qu'elle s'incruste parce qu'elle a été normale avec eux. Elle n'arrive pas à sortir du métro. Elle a envie d'être chez elle là tout de suite. Elle sent que c'est elle qui a calmé le type. Comment elle peut en être sûre comme ça. C'est paniquant. C'est le brouillard intégral dans sa volonté, alors elle reste encore un peu. Les deux amis sont partis. Elle a même plus faim. « séquence 4 » Extrait de la FAGM, éditions Incertain Sens, 2000,

« séquence 5 » Extrait de la FAGM, édition Incertain Sens, 2000

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